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Wednesday, April 25, 2012

European Cup 1987 1988 Real Madrid Bayern Both Legs

  Le Real Madrid et le Bayern de Munich sont chien et chat. Jamais ils ne se sont rencontrés sans fureur ou extravagance. Latins d'un côté, Germains de l'autre, ils ont toujours mis dans un pot commun les éléments pervers de leur fichu caractère avant de se le jeter à la tête. Brandissant leurs différences, leur fierté nationaliste, leur ambition, ils se sont régulièrement déchirés, le Real Madrid faisant régulièrement les frais du combat comme en demi-finale de la compétition 86-87 (1-4, expulsions de Juanito, Miro, 1-0). Lothar Matthàus n'est pas le dernier à utiliser la provocation au milieu de son arsenal de qualités. C'est lui qui, en commettant une faute contre l'esprit du jeu, la saison précédente, avait fait disjoncter Juanito, dont chacun sait qu'il est aussi sensible qu'une allumette sous le soleil de juillet. Le capitaine du Bayern, au moment du quart de finale contre le Real, a déjà signé pour l'inter de Milan où un contrat plantureux l'attend. Il a oublié les paroles blessantes de son ancien entraîneur Lattek après la finale européenne perdue devant Porto ("à la place de Matthaus, je me cacherais"), et il a noué le contact avec Jupp Heynckes, nouveau technicien du club bavarois. Le Bayern joue bien, marque beaucoup de buts (cinquante-deux en vingt et un matches de championnat), mais prend trois fois plus de buts que Werder Brème, leader national et futur champion 88.

 Il existe, en effet, un problème défensif au Bayern, l'entraîneur n'ayant pas fait un choix définitif pour le poste de libero entre Augenthaler, plus athlétique, et Nachtweih. plus technique. Au match-aller, à Munich, devant 70 000 spectateurs, Nachtweih tient le balai et Augenthaler, en demi, a passé le tablier de forgeron. Le Real passe un sale quart d'heure et même plusieurs sales quarts d'heure, à tel point qu'il est pratiquement éliminé à cinq minutes de la fin sur le score de 3-0. Il a tenu honnêtement la route pendant quarante minutes, avec des hauts et des bas et puis il a craqué. Pflugler a frappé (40e, 1-0) puis Eder qui, sur une passe lumineuse de l'Ecossais Mark Hughes (engagé à l'intersaison), a porté le score à 2-0. "Nous avions alors le sentiment d'une terrible injustice", dira Sanchis. L'injustice s'aggrave trois minutes après la reprise lorsque le Real, à peine replacé sur le terrain, encaisse un troisième but de Wohlfarth. Pour tout le monde, le Real est mort, sur un scénario identique à celui de l'année précédente. Car le Bayera tient le jeu et on ne voit pas comment, à Madrid, avec la solidité de son équipe, il pourrait craquer. Il reste cinq minutes à jouer environ au Stade Olympique. Norbert Eder, à trente-deux ans, en connaît un rayon sur les passes en retrait : il a même joué une finale de Coupe du monde inespérée en 1986 à Mexico. Il fait donc une passe en retrait à Pfaff et sent bien que la boule de chewing-gum a collé à sa chaussure. Butragueno le vautour s'est déjà élancé. Le ballon est au fond des filets bavarois, sale coup pour la fanfare. Il reste à peine deux minutes maintenant. Le Real fait bouillir la cocotte. Côté gauche, pas loin de la ligne de but, Hugo Sanchez tire un coup franc. Pfaff scrute le centre. Et le Mexicain tape directement. Balle sous le ventre de l'acrobate (89e, 3-2) et retour dans la course d'un condamné nommé Real.

 L'histoire est invraisemblable. Les glorieux anciens, Maier, Beckenbauer, Roth, Millier, se regardent et sont bien d'accord. Mais c'est Augenthaler qui le dit au vestiaire : "L'équipe des années soixante-dix ne se serait pas laissé remonter." "C'est entièrement de ma faute", admet franchement Pfaff Mais personne ne lui dit rien. "Nous gagnons ensemble. Nous encaissons ensemble. Solidaires !" (Brehme). Le match-retour, malgré l'importance de l'enjeu, pourrait être une fête. Mais la peur d'avoir jjjsoué de perdre la qualification et de risquer de la pérore encore pour le Real, la peur de voir s'envoler le maigre avantage qui lui reste et l'inquiétude de ne pas avoir su garder son trésor pour le Bayern déclenche une ambiance détestable. Inquiétante. Annonciatrice d'autres drames demain. La provocation naît avant même le coup d'envoi. Une alêne à la bombe a réveillé les... Madrilènes dans leur hôtel. Des hélicoptères tournoient dans le ciel. Des chiens détecteurs d'explosifs reniflent les spectateurs. C'est la petite guerre, en attendant la vraie guerre. "Les joueurs du Bayern sont des provocateurs. Attention !" ajoute Léo Beenhakker. Pendant vingt minutes, c'est l'angoisse au Stade Bernabeu. Le Real est obligé de défendre contre une équipe du Bayern superbe, déterminée, élargissant le jeu et utilisant les ailes. 

 Si l'arbitre belge M. Ponnet sanctionnait d'expulsion la scandaleuse agression de Camacho sur Wohlfarth qu'il a pratiquement coupé en deux (13e minute), s'il ne tolérait pas deux ou trois autres actes d'anti-jeu intolérables, le Bayern, vraisemblablement, s'épanouirait et cueillerait les rosés de son investissement. Mais M. Ponnet est là et le Real a sorti ses pieds de fonte. Le Bayern y regarde à deux fois avant d'essayer de prendre les chemins de l'évasion. Matthà'us a craché sur ses crampons, le carton jaune a suivi. Jankovic, le génial train de marchandises qui ne brûle pas un feu rouge mais ne manque aucune gare, a marqué (26e). Le Bayern s'affole. Michel marque encore (40e. 2-0). A partir de là, l'entrée de Michael Rummenigge à la place de Winklhofer (51e) — un attaquant de plus — le loupé magistral de Hughes devant la cage madrilène, la chasse à courre sur Hugo Sanchez (qui a inscrit ses crampons sur les côtes de Pfaff), les six cartons jaunes distribués de ci. de là, le sauvetage de Chendo sur sa ligne et le tir frôlant de Rummenigge ne relèvent plus que de l'anecdote. Il ne reste que la sentence, celle de Beenhakker : "Le spectacle était dans la tension. La Coupe d'Europe ne favorise pas les matches artistiques."


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Quarter Final
First Leg
02 march 1988
Olympiastadion,
Munchen

Referee: Paolo Casarin 

Codec H264, Mkv
Bitrate 1000
Sound 128 kbps
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Quarter Final
Second Leg
16 march 1988
Estadio Santiago Bernabéu,
Madrid

Referee: Alexis Ponnet

Codec Divx
Spanish Comments
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FC BAYERN MUNICH (ALE) - REAL MADRID CF    3-2
Goals:    1-0 Pflüger 40´; 2-0  Eder 43´; 3-0  Wohlfarth 48´; 3-1 Butragueño 84´ ; 3-2 Hugo Sánchez 89´.
BAYERN MUNICH, 3; Pfaff, Flick, Nachtweith, Eder, Augenthaler, Pflugler, Matthaus,  Brehme, M. Rummenige, Wolhart, Hughes.
REAL MADRID CF, 2; Buyo, Chendo, Sanchís, Tendillo, Camacho, Michel, Gallego,  Martín Vázquez, Gordillo, Butragueño, Hugo Sánchez.

REAL MADRID CF - FC BAYERN MUNICH (ALE)    2-0
Goals:    1-0 Jankovic 28´; 2-0 Michel 40´.
REAL MADRID CF, 2; Buyo, Chendo, Sanchís, Tendillo, Camacho, Michel, Jankovic, Gallego, Gordillo, Butragueño (Solana 90´), Hugo Sánchez.
BAYERN MUNICH, 0; Pfaff, Winklhofer (Rummenige 55´), Eder, Aughentaler, P. Flügler,  Flick, Mattäus, Brehme, Kögl (Eck 69´), Wohlfarth, Hughes. 







Caps





Monday, April 23, 2012

Uefa Cup 1985 1986 Final Real Madrid Fc Köln Both Legs

  Le Real Madrid n'a de problèmes, ni de jeunesse, ni d'argent. Berceau et creuset du football espagnol, compétiteur fervent de la tradition, émanation d'une structure exemplaire bâtie sur la possession de ses biens (stade, siège, cité sportive), la participation des socios-abonnés, la gestion et une stricte administration, il est, avec Barcelone, Naples, la Juventus, Manchester United, Feyenoord et quelques autres, l'un des clubs les plus puissants du monde. Il l'a prouvé en conquérant - record absolu - six Coupes d'Europe des Clubs Champions, une Coupe de l'U.E.F.A., et en jouant quelques autres finales (trois en C,, deux de C2). Le Real Madrid n'allait pourtant pas très bien, ces dernières années, atteignant même le fond durant la saison 1984-1985, ce qui, avec lui, ne va jamais très profond. Il avait alors appelé son homme-fétiche, Luis Molowny, un ancien joueur de talent recouvert! en technicien-manager. Quatre fois, Molowny a repris la barre en cours de saison, succédant à Munoz, Miljanic, Boskov et Amancio et, à chaque fois, remettant le bateau en ligne. En 1985-1986, le Real Madrid creuse sa route sans faiblesse avec une attaque à trois pointes qui, il est vrai, n'a pas d'équivalent : Valdano l'Argentin, futur champion du monde ; Hugo Sanchez le Mexicain ; Emilio Butragueno le petit prodige espagnol, sans oublier les deux glorieux anciens et réservistes Juanito et Santillana, le feu-follet fou et le buteur monté sur ressorts. 
 
 En championnat d'Espagne, le Real écrase tous ses concurrents, ne connaissant pas la défaite avant d'avoir conquis mathématiquement le titre. Et, en Coupe de l'U.E.F.A., il réserve à ses hôtes de Chamartin des traitements qui laissent de cuisants souvenirs. Ainsi, après avoir éliminé AEK Athènes (0-1, 5-0) et Chernomoretz Odessa (2-1, 0-0) aux premiers tours, le Real s'est fait piéger à Moenchengladbach sur un score qui semble sans appel : 1-5. Au retour, avec l'appui de son public, de sa fureur de vaincre toujours recommencée et de son vétéran Santillana, il réussit le score idéal, à la minute près : 4-0, buts de Valdano (5e, 19e) et de Santillana (77e, 89e). On crie au miracle mais, avec le Real, le miracle sonne toujours deux fois. Après avoir éliminé Neuchâtel Xamax, club de Gilbert Gress et de Stielike (3-0 mais 0-2 en Suisse), en quart de finale, les lions de Castille se retrouvent encore en position délicate, battus qu'ils sont à San Siro par un Inter de Milan agressif et sûr de soi (3-1, deux buts de Tardelli, un autre de Salguero contre son camp). Ils rugissent à nouveau, réussissent un 3-1 durant le temps réglementaire (Hugo Sanchez sur deux penalties, 44e, 75e ; Gordillo, 63e) et impulsent un 5-1 en prolongation (Santillana, 93e, 107e).

Ainsi lancés comme des avions, ils semblent inarrêtables, même devant un finaliste comme Cologne qui compte Schumacher, Klaus Allofs et Littbarski dans ses rangs et qui a éliminé successivement Gijon (0-0, 2-0 Bohemians Prague (4-0,4-2), Hammarby (1-2 3-1), Sporting Lisbonne (1-1, 2-0) et Waregem (4-0, 3-3). Dans ces deux matches, Allofs a inscrit la bagatelle de cinq buts ce qui, avec trois autres buts dans les tours précédents et un supplémentaire contre le Real en finale, va faire neuf et lui donner la couronne (toute platonique) du meilleur buteur de C3. Le neuvième but de Klaus Allofs, marqué à Chamartin (30e minute) est le premier de la finale aller. Il déclenche, chez les Allemands, les baisers de la passion et, chez les lions de Castille, ce qui était à craindre, une réaction d'enfer : cinq buts de folie et de nulle part, acquis à l'instinct après d'irrésistibles poussées collectives par Hugo Sanchez (37e), Gordillo (43e), Valdano (51e, 85e) et... Santillana (90e). Le trophée est acquis mais, au match-retour, dans son fief, le F.C. Cologne tente le tout pour le tout dans un style abrasif qui est celui des faibles. Hugo Sanchez y laisse un bout de genou (qui lui fera perdre trois semaines dans sa préparation du Mundial), Cologne marque deux buts (Bein, 23e ; Gellenkirchen, 72e) mais force reste aux Madrilènes. Les statisticiens sortent leur règle à calcul. Le Real vient de gagner sa huitième coupe européenne, de participer à sa treizième finale, déjouer son 103e match européen (83 victoires et 11 nuls en 21 participations) et de marquer son 324e but (contre 71 encaissés). Il est grand, le Real. Il est beau. Et ses dents sont de lion plus acérées que le bec de notre canari. Mais notre canari de Loire chante si bien quand il se prend pour un aigle..



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First Leg,
30 April 1986
Santiago Bernabéu,
Madrid
Referee: Mr Courtney

Goas: 0-1 29 ´ Klaus Allofs; 1-1 38´ H. Sánchez; 2-1 42´ Gordillo; 3-1 52´ Valdano; 4-1 85´ Valdano; 5-1 90´ Santillana
REAL MADRID CF, 5; Agustín; Salguero, Solana, Camacho; Martín Vázquez (Santillana 81´), Míchel, Juanito, Gordillo; Butragueño, Sánchez, Valdano.
FC KÖLN, 1; Schumacher; Geils, Gielchen, Steiner, Prestin; Geilenkirchen, Hönerbach; Bein (Hässler 70´), Janssen; Littbarski (Dickel 83´), Klaus Allofs.



Codec Divx,
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Second Leg
5 May 1986
Olympiastadion,
Berlin
Referee: Mr  Valentine

 Goals:    1-0  Bein 22´;  2-0 Geilenkirchen 72´.
 FC Koln, 2;Schumacher; Prestin, Gielchen, Geils (Schmitz 83´); Geilenkirchen,Steiner, Bein, Hönerbach, Bein; Janssen (Pisanti) 60´, Littbarski, Allofs.
Real Madrid, 0;Agustín; Chendo, Maceda, Solana, Camacho; Míchel, Gallego, Valdano,Gordillo; Butragueño (Juanito 88´), Hugo Sánchez (Santillana 20´)(Coach: Luis Molowny)


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European Cup 1987 1988 Real Madrid Porto Both Legs

  Porto, champion d'Europe 1987 grâce au magicien Madjer (souvenez-vous de sa talonnade) est un gros gâteau partagé en plusieurs parts au début de la saison 87-88. Son entraîneur Artur Jorge, considéré comme le détonateur de l'aventure, a été engagé par le Matra-Racing à un salaire de ministre (américain), deux cent mille francs par mois, dit-on. Paolo Futre, le dribbleur électronique, n'a pas pu résister aux millions de pesetas brandis par Jésus Gil (qui n'est pas un saint) et l'Atletico de Madrid. Son club non plus d'ailleurs, qui touche nettement plus d'un milliard de centimes pour conclure l'affaire. Madjer lui-même est démangé par l'horizon, en contact avec le Bayern, Tinter, Barcelone, les autres. L'ambiance, à Porto, est à la dispersion des hommes et des idées. Heureusement pour Porto, ses dirigeants engagent le technicien yougoslave Ivic qui, s'il n'a pas l'adhésion et le quorum chez tous les gens du spectacle, est un homme de football, un renard, un pragmatique. Ivic n'a pas besoin de dessin pour comprendre qu'il a en main un effectif exceptionnel dont il loue de bon cœur la valeur : "Je n'ai jamais entraîné d'équipe aussi parfaite du point de vue technique... Magnifique ambiance et remarquable esprit de groupe." Cette opinion flatteuse se traduit dans les faits avec une invincibilité de huit matches en championnat du Portugal (Porto réalisera le doublé national 1988) dont un 7-1 sur Belenenses (trois buts de Madjer) et une qualification sans problème en Coupe d'Europe devant le champion de Yougoslavie, Vardar (3-0, deux buts de Madjer, un de Souza ; 3-0, buts de Sousa, Magalhaes, Madjer). L'ennui, pour Porto, ce n'est pas sa valeur du moment (le club va être sacré champion du monde des clubs, ce que n'a jamais réussi Benfica). c'est le fait d'avoir à rencontrer prématurément, en huitième de finale, le Real Madrid. Que ça n'amuse pas non plus, pour plusieurs raisons. Sportivement d'abord avec le risque (une chance sur deux) de disparaître. Financièrement ensuite à cause de l'obligation à lui faite par l'U.E.F.A. d'aller joueur à trois cents kilomètres au moins de ses bases : ce déplacement à Valence, ajouté au match précédent à huis clos contre Naples, entraîne un manque à gagner de trois cents millions de pesetas (quinze millions de francs).

Le match de Valence a lieu en premier avec une confiance totale de l'entraîneur madrilène Beenhakker, due aux huit victoires de son équipe dans les huit premiers matches du championnat d'Espagne avec ce goal-average ahurissant de 32-2 (neuf buts de Sanchez, cinq de Michel, cinq de Manolo, etc.). "Sincèrement, dit Beenhakker, je ne vois actuellement aucune équipe susceptible de nous faire toucher les épaules. Mes hommes atteignent une maturité exceptionnelle et ils jouent les yeux fermés." Le 21 octobre 1987. dans un océan bouillonnant de drapeaux blancs (52 000 spectateurs à Valence), le F.C. Porto affiche une totale sérénité. Son milieu de terrain Magalhaes-Frasco-Rui Barros-Sousa fait courir la balle et Madjer. en pointe, donne des sueurs froides à l'arrière-garde espagnole dès qu'on la lui confie. La preuve : il ouvre le score à la 58e minute et quitte le terrain sur cet avantage, remplacé par Juary, à onze minutes de la fin. En onze minutes, avec le Real, il peut se passer beaucoup de choses. En neuf aussi. Sous la sublimation soudaine de l'équipe espagnole, dans le vent de folie soufflant sur Mestalla, le champion Porto perd sa maîtrise tactique et son habileté manœuvrière. Et deux exaspérations de la collectivité madrilène aboutissent à deux buts de Hugo Sanchez (81e) et de Sanchis (90e). L'inimitable Real a renversé une nouvelle fois la vapeur et Madjer, sans le dire trop crûment. souligne tout de même qu'à "Porto aussi, l'erreur est humaine. Un seul instant d'inattention et pfff ! tout s'envole..." Porto a cependant fait une telle impression et se montre si brillant chez lui qu'on lui accorde plus de cinquante pour cent des pronostics pour la qualification. 


Cette tendance est confirmée rapidement. Porto marquant par Sousa à la 23e minute et tenant en respect le duo d'attaque madrilène Butragueno-Sanchez. Ce match, comme le premier, est un affrontement de titans, dans lequel le Real, malgré les blocages imposés par l'adversaire, développe un jeu cohérent, varié, constamment engagé vers le but adverse. Ce n'est pas suffisant, et Léo Beenhakker l'a compris. A la reprise, il remplace un milieu de terrain par un attaquant supplémentaire, en l'occurrence le jeune Llorente, neveu de Francisco Gento, seul homme au monde à avoir fait mieux que Di Stefano et à compter six Coupes d'Europe des Clubs Champions dans sa vitrine (1956, 57, 58, 59, 60, 66). 

 Gento, surnommé "la Boule de feu", était un fulgurant, un étincelant ailier spécialiste des échappées plein couloir et des centres tendus. A son époque, il n'était pas le seul (Moulijn à Feyenoord, notamment) mais, au fil du temps, l'arme classique avait été abandonnée au profit (ou au débit) d'autres systèmes, 4-3-3, 4-4-2, 4-5-1. 5-5-0. Tout d'un coup, avec Llorente, boule de feu numéro deux, les anciens écarquillent les yeux. Se seraient-ils, par magie, trompés de décennie ? Auraient-ils appuyé sur le bouton imprévu ? Llorente zèbre son aile gauche d'éclairs fulgurants, plus technicien que tonton, et remet soudainement à la mode le vieux tru.c des centres en retrait qui désarçonnent la défense la mieux structurée. Porto n'a pas l'habitude, malgré l'exemple d'Ajax 1987 qui, sous la direction de Johan Cruyff, avait laissé entrevoir cette forme de libération et d'ouverture offensives. Llorente a donc centré et Michel a frappé (54e, 1-1). Puis il a centré encore et Michel a frappé de nouveau (70e, 2-1). Puis il a insisté et Gordillo a frappé la barre. Porto est au fond de l'eau et le Real a droit à une médaille. Dans ces huitièmes de finale, on ne craignait guère pour Bordeaux appelé à rencontrer les Norvégiens de Lillestrôm, eux-mêmes désireux de faire un beau voyage et de s'enrichir les papilles gustatives en Médoc ou en Sauternais. Mais les Bordelais connaissent mille tourments en Norvège au cours d'un match affligeant : tête de Touré sur sa propre barre (24e), tir de Haberg à quelques centimètres d'un poteau bordelais (89e). Les critiques sont vives et difficilement acceptées par les intéressés : "On nous traite comme du poisson pourri, dit Girard. Si nous écrasons Lillestrôm au retour par 1-0, ce sera très bien." C'est donc très bien, Bordeaux réussissant ce score "idéal" devant 15 500 spectateurs grâce à un but de Ferreri... qui s'est aidé de la main (40e). Bayern, Real, Porto sont rejoints, pour les quarts de finale, par Benfica (0-0. 1-0 devant Aarhus), Glasgow Rangers (3-1. 1-1 devant Gornik), Anderlecht (2-1, 1-0 devant Sparta Prague), P.S.V. Eindhoven (2-1, 2-0 devant le Rapid de Vienne) et Steaua Bucarest (3-1, 2-0 devant Omonia Nicosie). Il y a eu des morts sur le parcours, mais il reste du beau monde...

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REAL MADRID CF - FC OPORTO (POR) 2-1
Goals:    1-0 Madjer 59´, 1-1 Hugo Sánchez 81´, 2-1 Sanchís 90´.
REAL MADRID CF, 2; Buyo, Chendo, Tendillo, Sanchís, Solana, (Santillana 69´), Michel, Jankovic, Martín Vázquez (Llorente 59´), Gordillo, Butragueño, Hugo Sánchez.
FC OPORTO, 1; Mlynarczyk, Pinto, Celso, Geraldao, Inacio, Magalhaes, Frasco, André,  Sousa, Madjer (Juary 82´), Rui Barros (Jaime Pacheco 69´).

FC OPORTO (POR) - REAL MADRID CF 1-2
Goles:    1-0 Sousa 23´,  1-1 Michel 34´, 2-1 Michel 70´.
FC OPORTO, 1; Mlynarczyk, Joao Pinto, Sernedo, Geraldao, Inacio, Frasco, André, Magalhaes (Jorge P. 66´), Sousa, Rui Barros (Eduardo L. 35´). Madjer.
REAL MADRID CF, 2; Buyo, Chendo, Tendillo, Sanchís, Solana (P. Llorente 45´), Michel, Jankovic, Martín Vázquez, Gordillo, Butragueño (Camacho 85´), Hugo Sánchez.

Caps





European Cup 1988 1989 Real Madrid Psv Eindhoven

Quarter Final,
Second Leg
15 March 1989
 
Santiago Bernabéu,
Madrid
Referee: Mr Vautrot

   Le choc P.S.V.-Real est presque une monstruosité à ce stade de la compétition et c'est ce qui fait songer à un championnat d'Europe chez ces Messieurs cousus de trophées qui n'aiment pas risquer leurs billes en agate sur des coups tordus. P.S.V. Eindhoven, champion d'Europe 1988 (aux penalties et à la muraille de Chine) est en phase d'évolution lorsque approche le printemps 1989. Son gardien-vedette, Van Breukelen, opéré d'un genou, a été remplacé par un boy-scout un peu fébrile, Lodewijks. Son attaque a été renforcée par l'arrivée de l'international brésilien Romario, Et son avenir a été radicalement modifié par l'annonce du transfert de son « monstre », Ronald Koeman, au F.C. Barcelone, pour un monstrueux paquet de dollars. Il a même été dit qu'en cas d'élimination de P.S.V. en quart de finale, Koeman rejoindrait aussitôt les rangs catalans, ce que l'intéressé s'est empressé de démentir : « Je terminerai la saison 88-89 avec P.S.V. Ensuite, je penserai au Barça. » A vingt-six ans, Koeman arrive à maturité. Il le démontre dans sa manière d'être sur le terrain et de prendre les choses en mains quand un secteur de l'équipe se montre défaillant. « Je suis l'homme libre de P.S.V. J'ai la latitude de prendre les initiatives que j'estime nécessaires à l'intérieur d'un match. » Même s'il marque beaucoup moins de buts que la saison précédente et s'il semble un peu las (« J'ai eu un peu de mal à redémarrer, dans la tête comme dans le corps, après l'extraordinaire saison 87-88 »), Ronald Koeman reste le grand patron de P.S.V. 

 Au Real, un autre grand blond règne en maître au milieu du terrain. On en dit le plus grand bien, on chante son équilibre, son efficacité collective, la pureté de ses passes. Il s'agit de l'Allemand Bernd Schuster, star mondiale de la balle au pied quand ça lui chante et empereur de l'embrouille quand le bonnet lui échauffe le capuchon. Schuster, pour être franc, n'est pas un génie mais c'est un grand joueur par l'addition de toutes ses qualités (physique, technique, clairvoyance) et sa forte personnalité. Il aurait pu faire une carrière mille fois plus brillante et peut-être permettre à l'Allemagne d'être championne du monde en 1986 s'il avait su se plier à une discipline. Malheureusement, Schuster est un caractère, pour ne pas dire un caractériel. On lui prête une épouse retentissante, dirigiste et retorse en affaires, la célèbre Gaby qui lui a donné trois enfants superbes. C'est elle, dit-on, qui a mené le combat contre Nunez, le président du Barça et l'a obligé à réintégrer son dulciné dans l'équipe, en application stricte du contrat signé. Compte tenu de ces incidents multiples, on n'a pas très bien compris la volupté du Real à aller chercher chez son concurrent un champion en phase de décélération. On l'a d'autant moins compris que le milieu de terrain du Real avait été, en 1986-87 et en 1987-88, l'un des secteurs-clés de l'équipe reine d'Espagne. Mais la politique sportive a des ressorts et des mystères que le commun des footeux a du mal à intégrer. Koeman-Schuster est donc un duel dans le choc lorsque, le 1er mars 1989, 27000 personnes vêtues d'imperméables et coiffées de parapluies s'aventurent dans la tempête venue du Nord pour occuper le coquet Philips Stadion, véritable temple du football en modèle réduit. Le match, « âpre et explosif, mais brillant, éblouissant comme le soleil qui lui manquait, est un véritable bonheur » . Deux grandes équipes s'affrontent dans un flux et un reflux d'actions dynamiques dont certaines atteignent à la virtuosité, Hiddink, entraîneur de P.S.V., a décidé de presser le Real avec quatre attaquants et Romario en flèche pour exploiter les occasions. Mais, dans cette volonté, il y a trop de précipitation et Romario contribue à accentuer le gâchis. P.S.V. perd donc, en première mi-temps, le bénéfice de ses efforts et, damnation des damnations, se laisse infliger, juste avant le repos (45e minute), un but qui souligne sa « naïveté défensive » selon Hiddink - on aura tout vu - et le talent renifleur de Butragueno, l'auteur du hold-up.

 L'entraîneur hollandais ne s'appesantit pas sur son choix d'Ellermann en première mi-temps à la place de Gillhaus, bien plus expérimenté et « bien meilleur dans le jeu long, en profondeur » comme le souligne Koeman qui ajoutera après la rencontre : « Si nous devons avoir un regret, c'est de ne pas avoir aligné Gillhaus dès le début. » Avec Gillhaus, le jeu de P.S.V. prend de la variété et de l'efficacité. « Pendant vingt minutes, nous avons produit un football de rêve », dira Gerets. Ce rêve se traduit par le but d'égalisation de Romario (53e, 1-1) et par un tir sur un poteau du même, quatre minutes plus tard. Les deux grands blonds se partagent également la vedette. Schuster a placé l'accélération pour l'ouverture du score et régné sans partage sur sa zone avec un pourcentage de perfection élevé. Koeman a impulsé le rétablissement de son équipe et imposé la lucidité. Sur ce match-là, on ne saurait pas trop lequel des deux préférer. « A priori, ce 1-1 ne nous est pas très favorable », admet sans détour Hiddink. Les faits vont lui donner raison. Mais pas de la manière qu'il attendait.  Le gardien titulaire du Real, Buyo, a été suspendu pour un match par l'U.E.F.A. Classique, deux cartons jaunes. Beenhakker a donc rappelé Agustin qui n'a joué que cinq des soixante matches de championnat disputés par le Real depuis deux ans. Mais qui, selon nous, est meilleur que Buyo. Plus sûr, moins aléatoire et largement aussi doué que l'autre dans la voltige aérienne. 

C'est Agustin qui va tuer P.S.V. à l'issue d'un match-retour dont le Real aura rarement l'emprise sauf durant la première demi-heure avec des tirs dangereux de Schuster (10e, 17e) et Martin Vasquez (25e). Ensuite, le P.S.V. monte d'un cran, en même temps que Koeman, et occupe souvent le camp madrilène. Il ne lui manque qu'une seule chose, ou plutôt qu'un seul homme, pour anéantir son adversaire : Kieft. « C'est lui qui nous manque le plus, dit Koeman. Quand il est là, avec sa capacité à garder la balle devant, à dominer largement dans le jeu aérien, il n'est pas facile de venir créer le surnombre et le danger. Sans lui, c'est très différent ! » P.S.V. domine donc mais ne marque pas. Pis, il concède un penalty sifflé par M. Vautrot pour une faute de Vanenburg sur Michel, penalty transformé en force par Sanchez (72e). Une vive réaction des Hollandais et une passe de Vanenburg permettent à Romario, étrangement seul au point de penalty, d'égaliser (84e, 1-1). Ce qui fait une égalité totale sur les deux matches et une prolongation. Le Real tremble. Sauf Agustin. L'équipe madrilène semble faire un complexe devant le P.S.V. froid et organisé qui le coince, le martèle de coups, comme sur cette formidable reprise de volée de Koeman qu'Agustin pare merveilleusement. C'est le deuxième sauvetage du « remplaçant » après celui qu'il a effectué durant le temps réglementaire (47e) sur un tir appuyé de Vanenburg. Il y en aura un troisième, à quelques minutes de la fin, sur une reprise de la tête de Lerby. Et celui-là sauve miraculeusement la qualification car, entre-temps, Martin Vasquez a marqué son premier but en Coupe d'Europe, le deuxième du Real dans ce match à suspense (105e, 2-1). Beenhakker peut pousser un soupir de soulagement. Agustin lui a sauvé la mise. Mais l'entraîneur hollandais du Real est condamné : il a commis l'irréparable outrage en laissant sur la touche le grand, l'immense, le chouchou chéri de Chamartin, Emilio Butragueno en personne. Une ignominie qui ne se pardonne pas. Un grand blond a gagné, un grand blond a perdu. Le premier court derrière son passé, le second marche vers son avenir. Le vrai vainqueur des deux n'est pas celui qu'on croit.


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Goals:    1-0 Hugo Sánchez 72´; 1-1 Romario 89´. 2-1 Martín Vázquez 105´.
REAL MADRID CF, 2; Agustín, Chendo, Sanchís, Gallego, Esteban, Michel, Schuster, Martín Vázquez, Gordillo, (Butragueño 115´), P. Llorente (Tendillo 106´), Hugo Sánchez.
PSV EINDHOVEN, 1; Lodewijks, Gerets, Valckx, Koeman, Heintze, Vanemburg, Van Aerle,  Lerby, Linskens (Janssen 70´), Romario, Gilhaus. 


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