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Tuesday, February 7, 2012

Bundesliga 1978 1979 Borussia Mönchengladbach Hamburg SV

Round 18
9 February 1979
Bökelbergstadion,
Mönchengladbach

Attendance 28.500 
Referee Heinz Quindeau

   La hiérarchie des grands joueurs du monde n'est pas artificielle. Elle naît sur le terrain, face à un public qu'on ne trompe jamais sur les réalités du jeu. Elle se traduit par la beauté des gestes mais aussi par l'efficacité et par la conquête de trophées. Le bon peuple aime la victoire et n'a que pitié ou dérision pour les vaincus. Pelé, Beckenbauer, Cruyff n'auraient jamais été ce qu'ils sont ou ce qu'ils furent s'ils n'avaient donné à leurs clubs et à leur pays l'ivresse des buts marqués et la joie des coupes que l'on brandit à bout de bras. Kevin Keegan est de cette race de grands capitaines dont chaque décennie voit naître un, deux ou trois exemplaires à travers le monde. On les voit apparaître un jour, à dix-huit ans, sous le maillot national d'une sélection junior, ou au détour d'un match de Coupe d'Europe. Ils sont inconnus et pourtant, le public a un coup au cœur. I) a reconnu là un créateur, l'un de ces enfants du ciel qui portent en eux la rime du poète, la note joyeuse du musicien, le génie de la chose simple et si bien faite qu'on la croit naturelle. Le monde de la balle ronde leur appartient pour dix ans, jusqu'à ce que leurs jambes ne puissent plus exécuter ce que leur tête et leur instinct leur commandent de faire.

En 1979, le meilleur footballeur d'Europe s'appelle Kevin Keegan. Il a reçu le Ballon d'or de France-Football qui récompense le joueur numéro un du continent. Il vient d'être sacré champion d'Allemagne avec le Hambourg S.V. Et l'équipe d'Angleterre tourne autour de son génie avec un objectif avoué : la conquête de la Coupe du monde 1982 en Espagne. Keegan, que les Britanniques ont surnommé « Mighty Mouse » (la souris puissante de Walt Disney) n'appartient pas à une catégorie particulière de footballeurs, sinon qu'il possède au plus haut degré le flghting spirit (l'esprit de combat) cher à ses compatriotes. Il est unique, avec un jeu basé sur une extraordinaire vivacité de gestes, une détente explosive, la recherche constante du déséquilibre dans la défense adverse. Kopa, qui possédait la même taille à un centimètre près, s'imposait par des dribbles sautillants et des inspirations fulgurantes sous forme de passes. Cruyff était un phénomène d'accélérations. Keegan varie continuellement ses effets, tantôt dribbleur à la couverture de balle parfaite, tantôt meneur de jeu à la technique et à la vision irréprochables, tantôt attaquant de pointe où, en un jaillissement au sol, un bond aérien, il se transforme en irrésistible buteur. Kevin Keegan aurait pu rester jusqu'à la fin de sa vie sportive à Liverpool. Il avait sa gloire, sa chanson (« Celui qui marche sur l'eau»), son refrain («K.K.K.K., Kevin Keegan, King of thé Kop), sa maison et ses amis. 

 C'est le 30 mars 1976 que le déclic se produisit en lui. Liverpool allait jouer une dure demi-finale retour de Coupe européenne contre Johan Cruyff et ses compères. « Ébahi, je découvrais ces vestiaires dont la surface équivalait à elle seule à la totalité des installations d'entraînement de Liverpool à Melwood Drive. Je m'émerveillais aussi devant ce terrain magnifique autour duquel 85 000 spectateurs avaient pris place. Et je me disais : - Quel royaume du football ! Quand nous eûmes battu Barcelone 1-0, je me rendis compte que je n'étais pas comblé. Et l'annonce dans les journaux que Cruyff venait de renouveler son contrat à 10 000 livres (90 000 francs, neuf millions anciens) par semaine, ne pouvait atténuer ma jalousie. Pourquoi ne viserais-je pas directement au sommet, tant sur le plan financier que sur celui de la satisfaction personnelle ? D'autre part, j'avais atteint, en Angleterre, le point où l'impôt sur le revenu m'interdisait pratiquement toute ressource supplémentaire. Chez nous, un footballeur qui gagne 20 000 livres par an, en donne 9 000 au percepteur. Quel intérêt de vouloir en gagner plus, je vous le demande ? » Keegan annonça à l'été 1976 qu'il quitterait Liverpool un an plus tard. Ses amis, ses coéquipiers, ses dirigeants le comprirent. Pas les supporters d'Anfield Road qui, au lieu d'apprécier les derniers morceaux choisis du maître, entreprirent de le conspuer quand, par inadvertance, il manquait le bon usage d'un ballon : « Ils m'ont rendu service, se rappelle Keegan. Je croyais qu'ils étaient différents des autres, et je me suis aperçu qu'ils ne l'étaient pas. Qu'ils me considéraient comme leur chose, et que tout ce que je leur avais donné pendant six ans ne comptait pas. Cette incompréhension facilitait mon départ. »

 Pourtant, pendant six ans, le Liverpool de Keegan n'avait pas chômé en route, remportant trois titres de champion (1973, 1976,1977), une Coupe d'Angleterre (1974), deux Coupes de l'UEFA (1973,1976) et la grande Coupe d'Europe (1977). « Cette moisson n'était pas de mon seul fait mais enfin, j'y étais un peu pour quelque chose» dit en souriant Kevin. Le 3 juin 1977, Keegan se liait pour deux ans au Hambourg S.V., Liverpool recevant une indemnité de transfert de 500 000 livres (450 millions AF), la plus forte somme jamais versée, à l'époque, pour un footballeur britannique. Le club allemand venait de gagner la Coupe des Coupes. Son directeur technique, le Docteur Krohn, dit « le docteur-miracle », rêvait pour lui d'hégémonie, en Allemagne d'abord, en Europe ensuite. Krohn avait tout prévu, sauf que Keegan allait être rejeté par la communauté parce qu'il était étranger, parce qu'il était très bien payé, parce qu'il n'appartenait pas au clan. « Je pensais bien que je connaîtrais certaines difficultés d'adaptation, raconte Kevin, mais je ne pensais pas que je devrais lutter contre mes propres partenaires. Si Gunter Netzer n'était pas arrivé comme directeur sportif, trois mois avant la fin de la saison 1977-78, je serais parti.» À ce moment-là, Keegan regrettait-il Liverpool ? «Non, pas du tout. J'avais tout connu, tout gagné, à Anfield Road. Et aller toujours aux mêmes endroits, dans le même vestiaire, courir sur le même gazon, voir les mêmes têtes, me donnait la nausée. J'avais besoin de changer. » Netzer, dès sa nomination, a fait une promesse à Keegan : « Je vais bâtir une équipe autour de toi et ceux qui t'ont rejeté s'en iront.» Netzer, qui fut un grand joueur, et eut le loisir d'apprécier Kevin balle au pied (finale de Coupe U.E.F.A. Liverpool-M'gladbach), transfère Volkert, Keller, Steffenhagen. Et il engage Horst Hrubesch, un immense gaillard dont le jeu de tête rappelle celui de Toshack, l'homme qui s'entendait si bien avec Kevin. L'entraîneur yougoslave Zebec qui a succédé à Kloetzer, Gutendorf et Ôzcan (en moins d'un an) entreprend de donner un style à cet amalgame de joueurs dont plusieurs (Kargus, Buljan, Kaltz, Nogly, Magath, Keegan) sont des internationaux confirmés. Kevin s'est fait un ami du milieu de terrain Bertl et, avec lui, a appris à parler couramment l'allemand. 

 Les résultats ne se font pas attendre. Keegan et Hambourg brillent ensemble, attirent des spectateurs au stade, gagnent des matches. Keegan est élu meilleur joueur de l'année 1978 par l'ensemble des joueurs de la Bundesliga, et Ballon d'or européen par France-Football. Ses contrats publicitaires se multiplient ; on parle de sa venue au Real Madrid, à Barcelone, aux États-Unis, car son contrat avec Hambourg se termine en juin 1979. Son registre de joueur s'est également étendu. D'attaquant de pointe exclusif qu'il était à Liverpool, Keegan est devenu un véritable meneur de jeu à Hambourg. L'équipe allemande respire au rythme de son inspiration et de ses accélérations, ce qui n'empêche pas « Mighty Mouse » de marquer des buts : 17 en tout, neuf du pied droit, quatre du pied gauche et quatre de la tête. «J'aurais pu en marquer quelques-uns de plus, mais il faut en laisser à Hrubesch et aux autres » dit Kevin en riant. Le joueur anglais est devenu l'idole de Hambourg et du football allemand. On apprécie son jeu mais aussi sa bonne humeur, sa courtoisie, sa disponibilité constante. Ses choix aussi qui lui ont fait renoncer à une clause de son contrat selon laquelle il pouvait aller jouer aux États-Unis, pour les Washington Diplomats, pendant les trois mois d'été, cette deuxième activité lui rapportant 60000 livres, une petite fortune (54 millions AF). «C'était tentant, bien sûr, explique Keegan, mais cela m'aurait fait manquer les deux premiers tours de la Coupe d'Europe 1979-1980, en raison du délai de requalification. Il n'en était pas question. » Financièrement, Keegan n'est pas malheureux même s'il n'en est pas encore au niveau de Cruyff, lequel vient de signer aux Aztecs de Los Angeles un contrat assez fabuleux de près d'un milliard par an. Pour garder Kevin, Hambourg a fait un gros effort financier et offert à «Mighty Mouse» 1,3 million de marks (325 millions AF) par saison, somme sur laquelle l'intéressé paiera 30% d'impôts. On dit que le nouveau sponsor de Hambourg, le pétrolier B.P. (British Petroleum) participerait à ce financement, et offrirait d'autre part à Keegan un contrat publicitaire important pour tourner des films vantant sa marque...


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Bundesliga 1978 1979 Hamburg SV Bayern München

Round 34
9 June 1979
Volksparkstadion,
Hamburg

Attendance 61.500
Referee Rainer Waltert


  Lorsqu'on prononce le nom du Bayern de Munich, le public français, et particulièrement les supporters de Saint-Etienne, grincent des dents et évoquent un « mauvais » souvenir, pas si lointain. Le 12 mai 1976. à Glasgow, devant 56 000 personnes, dont les trois quarts avaient épousé la cause des Stéphanois (les Ecossais eux-mêmes s'étaient bardés de vert !), Roth, à la 57'' minute, poignardait la brillante équipe de Robert Herbin. 1 -0, le score en resta là, mais depuis, et devant des millions de téléspectateurs,  Il s'en passe des choses depuis qu'Uli Hoeness est arrivé au Bayern comme manager! Et il s'en est passé aussi beaucoup depuis que Franz Beckenbauer a quitté l'Allemagne pour aller exercer ses talents au Cosmos. Si l'on regarde de près les statistiques établies sur les clubs de la Bundesliga, on s'aperçoit que le Bayern de Munich est le club des records : trois victoires consécutives en Coupe des Champions, une en Coupe des Vainqueurs de Coupe (1967), quatre titres en Bundesliga, cinq coupes d'Allemagne ! Le Bayern est aussi le club qui a marqué le plus de buts en une saison : 101 en 71-72. Il compte toujours dans ses rangs le gardien qui a disputé le plus de matches de championnat : Sepp Maier (470 environ!) et a possédé le plus grand canonnier de tous les temps : Gerd Millier, l'homme qui a marqué 365 buts en championnat! L'Europe était à peine sortie du régne de l'Ajax d'Amsterdam que, déjà, elle devait s'habituer à celui d'un autre colosse du football européen, le Bayern de Munich de Franz Becken-bauer, le « Kaiser Franz ». Le Bayern. comme son prédécesseur hollandais, régna en maître sur l'Europe trois années de suite après avoir battu en finale successivement : l'Atletico de Madrid (sur deux matches : 1-1 et 4-0 en 74), Leeds (2-0 en 75 au Parc, au cours d'un match émaillé d'incidents), Saint-Etienne enfin (1 -0 à Glasgow en 76).

 En Bundesliga. le Bayern devait également affirmer sa suprématie face à un rival ambitieux, le Borussia de Mônchengladbach. Et puis, il y eut le départ du maître, Franz Beckenbauer. Le Cosmos et ses dollars, l'attrait du « soccer made in U.S.A. » eurent raison de la fidélité, jusque-là indestructible, du Kaizer à son club, à sa bonne ville de Munich. Le départ de Franz marqua alors le début du déclin des ours bavarois. Sans son copain de toujours, Gerd Millier commença à « dépérir », au point que « le gros » se vit bousculer par la nouvelle génération des « bombers », les Dieter Muller ou Dieter Hoeness. On sait ce qu'il advint de Gerd cette saison : après s'être « traîné » sur le terrain en début de championnat, écœuré par les critiques de ceux qui avaient été ses amis de la belle époque, encouragé par Franz, il décida lui aussi d'aller tenter sa chance aux Etats-Unis et s'en alla rejoindre d'autres monstres sacrés du football. Luis Cubillas et George Best à Fort-Lauderdale. Mais une chose lui restera longtemps en travers de la gorge : l'ingratitude du Bayern. En fait, c'est l'arrivée, ou plutôt le retour au club de Paul Breitner, qui a précipité son départ, en même temps que le Bayern était secoué par de multiples convulsions. Breitner est une forte tête, on le sait, et il adore jouer les meneurs, surtout lorsqu'il s'agit de contester. Le Bayern s'enfonçait depuis deux saisons. L'an dernier, il avait frisé la deuxième division. Cette saison, il encaissa quelques « cartons » mémorables comme il n'en avait jamais encaissés dans son histoire. La première « bagarre » éclata entre le clan des durs et l'entraîneur en place, le Hongrois Gyula Lorant, qui venait de Francfort et avait succédé à Dettmar Cramer. Breitner et les siens eurent la tête de Lorant, remplacé par un autre Hongrois. Pal Csernai. La seconde secousse, la plus violente, semble-t-il, fut provoquée par Wilhelm Neudccker. le président du club muni-chois qui annonça la venue l'an prochain de Max Merkel comme entraîneur. Neudecker fut mis en minorité par les joueurs et dut démissionner. Willi Hoffmann, l'une des plus grandes figures de l'état-major munichois, lui succéda alors, en même temps qu'Uli Hoeness, laissé libre par Nuremberg, devenait manager du club. Cet ensemble d'événements ont cependant contribué à sortir le Bayern de son trouble. Les succès refleurirent et l'on en compta même quelques tonitruants. Ainsi ce 7 à 1 infligé à Mônchengladbach au Bockelberg! Mais, là encore, cette victoire était une réaction d'orgueil de la part de certains joueurs munichois.

Uli Hoeness, en arrivant au Bayern. avait en effet décidé de faire venir la saison prochaine son frère Dieter, alors avant-centre de Stuttgart. Ce qui n'a pas eu l'air de plaire à Karl-Heinz Rummenigge, l'une des vedettes du club et l'un des grands espoirs du football allemand. Dieter Hoeness touchera, en effet, le même salaire que lui : 85 millions de centimes par an. On est assez chatouilleux là-dessus au Bayern. Alors. Rummenigge a décidé de frapper... sur le terrain. Face à M'Gladbach, il inscrivit trois buts et fit marquer les quatre autres! « Que Dieter en fasse autant! », dit-il alors. C'est sur le terrain aussi que les vieux grognards, Maier, Schwarzenbeck et autres Breitner, décidèrent de prouver qu'ils n'étaient pas « finis », comme certains le dirent. Ils y sont parvenus, en terminant quatrième d'un championnat qui s'annonçait assez mal, se qualifiant pour une Coupe d'Europe et achevant la compétition par une victoire 2-1 sur le terrain du champion, Hambourg! L'objectif consistant à revenir sur la scène européenne étant atteint, tout va se calmer en Bavière, après le dernier départ, celui de Jupp Kappelmann, la « grande gueule ». Outre Dieter Hoeness, dont Maier dit déjà qu'il est le plus grand avant-centre qu'ait connu la R.F.A., ont signé pour la prochaine saison : Wolfgang Kraus (de Francfort, 26 ans), Hans Weiner (Hertha Berlin, 23 ans) et le jeune attaquant de Brunswick Dremmler, 19 ans. Sur le papier, l'équipe pourrait avoir le visage suivant : Junghans Horsman. Schwarzenbeck. Weiner. Augenthaler - Durnberger. Oblak. Breitner, Rummenigge, Hoeness. Kraus. Une bien belle équipe!     

        
0 : 1 Wilhelm Reisinger 73. 1 : 1 Kevin Keegan 78. 1 : 2 Karl-Heinz Rummenigge 80. 
 Last Day, Hamburg Champion.

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Monday, January 2, 2012

European Cup 1979 1980 Hamburg Sv Dinamo Tbilisi

Second Round,
First Leg
24 October 1979
Volksparkstadion,
Hamburg

Attendance: 57,000
Referee: Georges Konrath


Hambourg est l'un des favoris de la Coupe d'Europe 1979-1980, au même titre que Not-tingham Forest ou le Real Madrid. Il a remporté, quelques mois plus tôt, le quatrième titre de champion d'Allemagne de son histoire, le précédent remontant à 1960, du temps de Uwe Seeler. Il affiche un équilibre collectif, une puissance et un tempérament qui ne sont pas ceux d'un vassal. Il rêve de conquérir, après la Coupe des Coupes (1977), le trophée des seigneurs et d'entamer ainsi un règne de longue durée, à la manière du Bayern de Beckenbauer. Le Beckenbauer du H.S.V., c'est l'Anglais Kevin Keegan qui a réalisé, au cours de la saison précédente, l'un des meilleurs parcours sportifs de son existence. Grâce à Netzer, le directeur sportif- qui a éloigné les réfractaires à Keegan - et grâce à Zebec, l'entraîneur, qui a marié tous les éléments mis à sa disposition, le joueur anglais est devenu un brillant chef de manœuvre sans rien perdre de ses qualités de soliste. Il a reformé avec Hrubesch un duo presque aussi efficace que le célèbre tandem de Liverpool, Keegan-Toshack. Il compte sur la Coupe d'Europe pour affirmer, au niveau du continent, les qualités exceptionnelles qui font de lui un double Ballon d'or de France Football (1978, 1979).

Mais cet avènement de Hambourg, s'il n'eût pas eu lieu sans Keegan, appartient en bonne part à Branko Zebec. Cet ancien international aux 67 sélections yougoslaves et aux deux sélections mondiales, est devenu un technicien de haute volée. On lui prête un grand génie tactique et l'art de bâtir ses victoires à la mi-temps, grâce aux observations de la première période. On le surnomme, en Allemagne, «der Mâcher», le faiseur d'équipes, parce que, partout où il passe, il laisse des traces tangibles de son instinct. Avec lui, le Bayern a remporté le doublé 1969, et Brunswick est devenu l'un des meilleurs clubs de la Bundesliga. Zebec a toujours été un chef. Du temps qu'il était joueur, on le surnommait «César» ou encore «le cobra». Rien ne lui échappe, ni sur le terrain, ni en coulisses. « Mes joueurs ne peuvent rien me cacher, dit-il, et ils le savent. Je ne leur demande pas l'impossible, ni la soumission. Je leur demande seulement déjouer, avec leur talent propre, une certaine partition au sein de l'orchestre. » Yougoslave bon teint, et joueur de balle avant tout, Zebec n'aime pas « les robots, les chiens dressés ou les machines à muscles ». Le footballeur est pour lui un être de chair et de sang doué d'intelligence et de réflexion. Pour exprimer cette idée, Branko Zebec a une définition magnifique : « Je ne veux pas de joueurs avec des yeux de verre ; je veux des joueurs dont les yeux parlent.» Pour aborder la Coupe d'Europe et la saison 1979-80, Zebec et Netzer s'étaient fixé deux objectifs en matière de transferts : Alan Simon-sen, l'ailier avec des ailes aux pieds (parti à Barcelone) et Gerd Zewe, le libero de Fortuna Dusseldorf. Mais ni l'un, ni l'autre ne sont venus, pour des raisons financières essentiellement. Le H.S.V. est donc resté ce qu'il était, avec huit internationaux A dans son effectif (Keegan, Buljan, Kaltz, Kargus, Hartwig, Magath, Memering, Nogly), un neuvième en puissance (Hrubesch) et une équipe estimée à 15 millions de marks (plus de trois milliards d'anciens francs). C'est beaucoup plus que la valeur estimée de l'équipe de Dynamo Tbilissi appelée à rencontrer les Hambourgeois en huitièmes de finale. Mais l'équipe géorgienne a éliminé Liverpool et, si ses joueurs ne sont pas cotés en roubles sur le marché des transferts, ils représentent une force et un caractère qui donnent à réfléchir. Zebec a déjà remarqué qu'ils jouent sans libero, appuyés sur une ligne de quatre arrières habiles à remonter vivement et, d'une manière générale, sur un 44-2 excessivement souple, apte à s'ouvrir comme un accordéon pour déclencher la musique offensive.

Le 24 octobre 1979, dans un Volkparkstadion plein à ras bords, le chef d'orchestre géorgien Kipiani impulse un allegro sur onze notes, dièses et bémols compris. Il a du talent le bougre et les Hambourgeois, derrière leurs pupitres, peinent pour donner la réplique. À la 30e minute, il s'avance jusqu'aux avant-postes et, après avoir mystifié deux défenseurs allemands, expédie Kargus dans la luzerne. L'ex-cobra devenu faiseur de mode hurle ses ordres du bord de la touche. 11 a demandé, avant même le coup d'envoi, que les Hambourgeois débordent sur les ailes, et il aimerait bien qu'on applique ses consignes. Manfred Kaltz, l'arrière droit, n'ajamais eu besoin qu'on le pousse dans ce sens-là. Beaucoup disent, en Allemagne, qu'il est le meilleur ailier du pays, et nombreux sont les clubs, dans le monde, prêts à hypothéquer leur siège social pour obtenir les services de ce nouveau Facchetti. Grands compas, goût de l'espace, grosse cylindrée et distributeur automatique de centres aériens, le numéro deux hambourgeois est « une demi-équipe à lui tout seul » selon la formule d'un entraîneur de la Bundesliga. Six minutes après le but de Kipiani, Kaltz déborde le milieu de terrain soviétique et centre à mi-hauteur : une balle vive sur laquelle se jettent les cannibales, Hrubesch et Keegan en tète. Mudschiri touche le premier, mais c'est pour battre son propre gardien Gabelija et donner l'égalisation à Hambourg. Dynamo Tbilissi ne perd pas pied pour autant, durcit le jeu et continue à se montrer menaçant. Pourtant, Hambourg accentue sa pression dans un combat sans concession, et commence à gagner la plupart des duels d'homme à homme. Seule la défense allemande donne des signes de nervosité, canon-nant en détresse, signe que l'adversaire n'est pas manchot. Kargus doit même, en plusieurs occasions, faire des décollages et des atterrissages en terrain miné. À la 53e minute, Kaltz centre à nouveau. Keegan surgit devant Gabelija et, du bout du pied, en pleine extension, obtient le second but hambourgeois. Douze minutes plus tard, le même Kaltz tire un coup franc pour la tête de Hartwig : 3-1.11 reste encore vingt-cinq minutes et le H.S.V. tente le tout pour le tout afin d'accentuer son avance. Le match-aller en reste cependant là.
Goals David Mudzhiri 42og) 42, Kevin Keegan 53, William Hartwig 74; David Kipiani 29

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Au mois de novembre, l'U.R.S.S. peut ne pas être le paradis terrestre. On a déjà emmailloté les pommiers en Sibérie et l'on attend les premières grosses neiges. Mais Tbilissi est situé sur la même latitude que Rome et Madrid. Un vent du sud-ouest porte la température à douze degrés et les joueurs allemands peuvent ôter leurs ceintures de flanelle du Dr Schmidt. On vit bien en Géorgie. Cette ville, qui garde des maisons du sixième siècle, est encore imprégnée de civilisation orientale. Elle baigne dans son passé et ses légendes. L'une de celles-ci raconte qu'un certain Zar Gorgasali avait domestiqué les jaillissements d'eau sulfurée bouillante et que, d'une seule flèche, il y précipitait un faisan, aussitôt cuit aussitôt dégusté. L'intention de Dynamo Tbilissi est de transformer le H.S.V. en faisan à la cocotte ainsi qu'il l'a fait pour Liverpool. Bob Paisley, à distance, pense d'ailleurs que Keegan et ses copains vont beaucoup souffrir en Géorgie et que l'affaire pourrait bien se terminer aux penalties. Un moindre mal, selon lui, pour les Allemands. egan a donné quelques inquiétudes à son club, après avoir prolongé son contrat d'un an et être devenu le champion de la British Petroleum, sponsor du H.S.V. Il a manqué, en effet, tout le début de saison à cause de l'hospitalisation de sa petite fille puis d'une douleur dorsale. Zebec s'est plaint de ses activités extra-footballistiques et de sa lenteur à se rétablir. Mais, à l'heure de la Coupe d'Europe, « Mighty Mouse» (la puissante souris) est sur ses deux jambes. Elle n'oublie pas, cette souris, qu'elle a dévoré le chat, un jour de 1977, pour le compte de Liverpool. Dès la 5e minute de jeu du match-retour, Tbilissi a fait son retard grâce à un tir de Gutsajew consécutif à un coup-franc. À la 29e miute, sur un centre de Machaidze, une reprise de la tête de Shengalia est cueillie dans un coin par Kargus. « Les Géorgiens jouent comme des Brésiliens» constate un envoyé spécial allemand. Le H.S.V., avec une défense centrale Nogly-Jakobs, a encombré le milieu de terrain de quatre fortes personnalités, manieuses de ballon et fermes de caractère : Buljan-Keegan-Hartwig-Magath, les deux hommes de pointe étant Reimann et Hrubesch. De ce milieu, jaillissent des actions tranchantes dont l'une, à la 30e minute, se termine par une tête de Magath sur un poteau. Le H.S.V. attendait peut-être ce signe du destin. Deux éclairs zèbrent le ciel. À la 34e minute, une passe de Hidien trouve la tête de Hrubesch lequel remet sur Keegan : 1-1, et coup de froid sur les sources chaudes. Sept minutes plus tard, un centre de Kaltz trouve encore la tête de Hrubesch qui marque : 1-2 et début de l'ère glaciaire. Quatre minutes encore (45e) et Kipiani égalise à 2-2 : réchauffement de l'atmosphère. Les Géorgiens sont désormais mal partis, et ils le savent. Il leur faudrait trois buts pour se qualifier, soit un 5-2. Il faudrait aussi un effondrement du H.S.V., tout à fait illusoire. Car l'équipe allemande a trouvé sa vitesse de croisière. Elle domine dans tous les compartiments du jeu, marque un troisième but par Buljan (56e, centre de Magath) et défend « physiquement» sa victoire (avertissement à Hidien). Les Allemands pavoisent. Keegan fait remarquer que Hambourg a réussi là où Liverpool a échoué. Et le «Kicker» peut titrer: «Tolaler Triumph: allé sechs kamen weiter» (Triomphe total : les six sont passés). Les six en question, outre Hambourg, sont Stuttgart, Moenchengladbach, Bayern, Kaiserslautern, Francfort, tous qualifiés en Coupe de PU.E.F.A. Le seul «traitre» à la cause collective est Fortuna Dusseldorf, éliminé au premier tour de la Coupe des Coupes par les Glasgow Rangers.







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